← Tous les chapitres

Couverture du roman Le Hamac et les Colibris, de Karine Baridon — une femme rousse allongée dans un hamac blanc sur fond turquoise, trois colibris de couleur au-dessus d'elle, et une comète traverse le ciel

Le Hamac et les Colibris. Roman de Karine BaridonChapitre 18 — La guerre froide

Gianni Rodari
Tous les usages de la parole à tous : non pour que tous soient artistes, mais pour que personne ne soit esclave.

Un mot oublié peut faire naître une révolution.


NON !

C'est fou comme un petit mot de 3 lettres peut déclencher une guerre froide, un siège sans fin et des bombardements à répétition !

Son plan n'était pas de me convaincre. C'était de m'user. Un berserker ne négocie pas : il fait le siège.

La guerre d'usure a commencé par l'appel du Nord : des monologues vocaux tous les jours, sans exception, durant les longs mois d'hiver !

Tout ça pour que je le rejoigne en Bas-Valhalla. C'est son unique but, son obsession. Il me chante “La complainte du Viking abandonné”, me fait culpabiliser, se met en colère :

Lui — Tu ne m'aimes pas ! Tu choisis le confort à la passion ! Tu préfères ton lit à mon âme !

Mais rien qu'à l'idée de me retrouver à nouveau coincée dans son drak-car, avec Big Dog, le froid et sa colère, je n'ai qu'une crainte : me retrouver dehors sous la neige, par -10 °C, dans une réserve d'oiseaux humide et gelée, loin de toute âme qui vive.

C'est plus fort que moi, toutes les cellules de mon corps résistent. Non, pas le froid ! Toutes les cellules de mon cerveau résistent. Non, pas de dépendance ! Bref, NON ! Et plutôt 2 fois qu'une ! Je protège mon autonomie, il entend “elle ne m'aime pas” et personne ne ment.

Alors, je fais des pieds et des mains pour retrouver du travail. La quinqua à son compte depuis 25 ans a un peu oublié ses années de salariat… Et vu ce qui s'est passé dernièrement, on ne peut pas dire que ça me manque beaucoup. Mais je ne vais pas baisser les bras. Je n'ai pas dit mon dernier mot.

Je mets 6 mois pour retrouver un poste, à raison de 3 CV par jour, un vrai marathon ! C'est long, mais je suis patiente, je gère. Par contre être entrecoupée par ses assauts quotidiens, ça, c'est vraiment dur ! J'ai oublié ce que c'est qu'une nuit entière de sommeil, et les colibris se sont barrés avec mon hamac.