Le Hamac et les Colibris. Roman de Karine BaridonChapitre 40 — Le Roi Soleil
Muppet's Show — Miss Piggy
There's only one Miss Piggy, and she is Moi ! I don't care what you think of me, unless you think I'm awesome. In which case, you are right.
Kermit the Frog
It's nice to be important, but it's important to be nice.
Montaigne
Sur le plus haut trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul.
Je réponds à la psy…
Le Viking, vaste sujet !
Il est très solaire. C'est le soleil incarné. Quand il se lève, même les plantes vertes se tournent vers lui pour profiter de son rayonnement.
Magnétique, charismatique. Il n'a pas besoin de s'entraîner : où qu'il aille, il se passe un truc magique… Tout tourne autour de “Lui”. Il est lion ascendant projecteur de lumière. Il rayonne, il en impose… Faut dire qu'il est beau, comme un demi-dieu… c'est un Viking… XXL.
À l'époque, ses ancêtres faisaient des sacrifices pour honorer le soleil. Il continue la tradition : normal qu'on se sacrifie pour Lui !
Parce que le soleil est le seul astre du système solaire. Alors, vu que tout tourne autour de Lui, il est mégalo, c'est normal. Il se regarde dans l'âme et se dit — “Quelle beauté, ce que je ressens. Le monde devrait m'écouter.”
Il projette son avis sur tout l'univers pour nous éclairer de sa grande sagesse. Pour Lui, c'est LA vérité absolue. Mais pour nous, les planètes, c'est faux ! Évidemment entre nous, on se comprend, notre noyau est magnétique. On absorbe ses rayons, mais on ne projette rien. On capte son rayonnement, on écoute son raisonnement, mais on sait faire la différence entre ce qu'il projette et ce qu'on ressent.
Alors, même s'il veut absolument me convaincre de SA vérité, désolée, mais chacun a sa vérité personnelle ! Mais ça, impossible de lui faire comprendre, y'a pas moyen. Ça ne veut pas rentrer ! Un vrai dialogue de sourds !
Moi, je sais que je peux me tromper, souvent. Lui, il croit qu'il ne se trompe jamais. Tout ça, c'est parce qu'il n'a aucune concurrence. Enfin si… mais dans d'autres systèmes solaires.
Alors je me mets à sa place, le pauvre : il faudrait qu'il quitte son système solaire, où tout tourne autour de Lui, pour partager son vécu avec un autre soleil, dans un autre système solaire.
Pas sûr que l'autre soit d'accord de lui laisser mettre le why dans ses affaires. Non, c'est mort, faut être réaliste ! C'est pour ça qu'on n'a jamais vu 2 soleils se lever le matin, main dans la main, en dansant la samba brésilienne, tchou tchou tchou… tchou tchou tchou tchou…
Et vu qu'il est le seul à vivre ce qu'il vit, c'est dur pour Lui. Il ne peut pas se remettre en question… Alors il ne lâche rien, il impose sa vision pour qu'on le suive, il croit des trucs faux, il ne tire aucune leçon du passé. Il a un doctorat en “c'est la faute des autres”, et il me culpabilise :
Lui — T'es trop sensible. T'as mal compris. Tu me pousses à bout.
Et comme tout tourne autour de Lui, il est égocentrique, normal. Vu que personne n'existe sans Lui, il est mégalo, normal. Nous, on l'adore pendant qu'il tire les ficelles. C'est comme ça que ça marche, je n'avais pas compris !
Alors quand je lui dis doucement — Tu ne crois pas que tu exagères ?
Il me répond — Non, tu minimises la grandeur de ce que je vis. Traduction : tais-toi et applaudis.
Il change vite d'intérêt. À la limite, il éclaire la lune… et encore ! Un peu, beaucoup, passionnément… Pas du tout.
Mais maintenant, j'ai compris. C'est sa nature, c'est tout. On est différents à l'intérieur. Lui, c'est un astre ; moi, une planète, j'ai une petite croûte terrestre qui me protège du magma. Bien sûr, j'ai des volcans et des failles sous-marines, mais bon, rien à voir avec lui. Parce que son noyau, c'est Tchernobyl. “Escape game”, mais sans sortie. C'est très instable, la lave en fusion ! À l'intérieur, c'est le chaos, un vrai champ de mines, l'apocalypse solaire. Soleil un jour, tempête toujours. Sans prévisions météo.
Moi, je n'aimerais pas être à sa place, ça doit être fatigant comme vie : se consumer de l'intérieur tout le temps comme ça, sans compter ses explosions solaires qui le laissent Roussi, avec le mal des Terres Brûlées en prime. Du coup, c'est normal qu'il évite de trop ressentir ses émotions ou de montrer ses faiblesses.
Moi, naïve, j'ai vu son noyau et je me suis dit — Wahou ! Il est profond ! Il a souffert ! Je vais l'aimer très fort et le sauver.
BIIIP ! Spoiler : grave erreur !
Règle numéro 1 : ne jamais jouer le rôle du sauveur avec le soleil. Ben non ! Ça va pas la tête ! Tout le monde le sait, enfin ! J'ai compris mon erreur quand je me suis approchée un peu trop de Lui. J'étais là, à lui tourner autour comme un satellite. Et puis, d'un coup… pffft ! J'ai pris feu comme une torche ! Je me suis sublimée ! Je suis tombée directement dans la lave en fusion des manipulations psychologiques, ma boussole a fondu, j'ai complètement perdu le nord et, comme c'est très aimanté, j'étais toute retournée, je ne savais plus où j'étais.
C'est là que j'ai compris : Lui, ce n'est pas un prince blessé, c'est le roi du drame ! Il absorbe l'énergie de ceux qui l'entourent pour rayonner. C'est dans sa nature, il ne peut pas faire autrement. Heureusement pour moi, il y a eu une grosse explosion, suivie d'une forte tempête solaire, qui m'a éjectée très loin et remise directement sur orbite.
J'ai eu chaud aux fesses ! J'estime que je m'en suis bien sortie. Complètement groggy, un peu grillée sur les bords, bien sûr. Alors, du coup, je me suis dit :
Moi — C'est bon, j'ai eu assez de sensations fortes comme ça ! Si j'ai bien compris une chose avec l'expérience, c'est que son noyau est dangereux ! Je vais rester à distance raisonnable, pour ne pas me consumer, c'est plus sûr !
Faut dire que je suis Taureau. D'habitude, je broute l'herbe, je regarde passer les nuages ou les supersoniques, ça ne change rien à ma vie… et la plupart du temps, je n'interviens pas dans celle des autres non plus. Après tout, chacun est libre. Je n'aime pas les conflits ! Alors si une bombe explose à côté de moi, je vais brouter dans le champ d'à côté. Je n'aime pas qu'on me force malgré moi, alors je fais de la résistance passive. Si on me tire par les cornes, je recule et je résiste de toutes mes forces.
Mon trip à moi, c'est farniente, dolce vita, admirer les colibris depuis mon hamac. Ma famille, mes amis, enfin ceux qui n'ont pas déclaré forfait et qui me laissent à mon roman, à ma liberté de créer avant de partager mon bonheur. J'aime le clapotis doux de la mer, le petit vent frais et léger, le ronron rassurant des cigales, le chant des oiseaux, et le soleil qui me réchauffe doucement…
Du coup, maintenant, je regarde le soleil de loin, mais jamais en face, ou alors avec des lunettes pare-balles. Je fais gaffe à ne pas me brûler la rétine. J'ouvre le parasol, je mets de la crème, je sauve ma peau. En fait… j'aime bien quand il disparaît un peu derrière les nuages, parce qu'il ne fait pas trop chaud, c'est moins dangereux. Le ciel nuageux fait écran pour me cacher de son rayonnement.
Et puis, maintenant que je suis revenue sur terre, j'aime regarder la nature. C'est calme, il y a de la vie, les oiseaux chantent, la mer me caresse. On rit, c'est doux. On se remet en question, on a de vraies conversations. Parfois, on peut même partager le dentifrice. OK, ça rayonne moins, c'est sûr, mais c'est quand même moins risqué que la lave en fusion. J'ai testé : j'ai brûlé — burn — j'ai été éjectée — out !
La psy — Je vois. Mais une planète qui apprend à garder ses distances devient un système à elle toute seule, que votre ex ne pourra jamais éclipser. Et puis, ce n'était pas le soleil, c'était juste un spot dont l'ampoule a grillé. Regardez dehors, le soleil brille. Regardez dedans, c'est pareil. Alors recommencez à rayonner.
Les fiches pratiques tirées de ce chapitre :