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Le Hamac et les Colibris. Roman de Karine BaridonChapitre 10 —
Le Viking dans Game of Thrones
Épigraphes
Le Viking — On n'est pas chez les Bisounours !
Le texte
Et moi, je crois avoir rencontré le mec solaire de ma vie ! Naïve, je débarque dans Game of Thrones*. Le Viking a déclaré la guerre à toute sa famille. À chacun son surnom glorieux.
Son père, le roi viking, Narcisse premier, le sans-défaut, un mégalo qui décide de tout. Les autres n'ont pas le choix : soit ils le suivent, soit ils dégagent. S'ils réussissent, c'est grâce à lui. S'ils échouent, c'est de leur faute.
Sa mère, la reine viking, alias la Dame des Fjords. Un matin, du haut de ses 6 ans, il remarque un bleu sur le visage de sa mère. Alors, il décide de l'aider à s'enfuir. Mais son géant de père les rattrape. Le roi et la reine discutent et rentrent gentiment au château. Le père en a voulu à son fils pour haute trahison ! Le fils en a voulu à sa mère, pour la même raison. Tel père… tel fils ! Logique viking : chez les dieux sans défaut, on préfère tirer son coup, plutôt que de se faire détrôner par sa descendance.
Son ex-femme, une loser, incapable de prendre une décision. Dixit Vik le King, qui décide de tout à la place de sa femme. Madame Oui-Oui préférait sûrement préserver la paix des ménages pour faire ce qu'elle voulait. Inutile de perdre son temps à discuter avec un homme qui ne rend jamais la parole. Elle l'a suivi jusqu'à ce qu'il la quitte.
Sa fille chérie, l'amazone des flots, faisait tout avec lui : courses de bateau, beuverie. Quand il a quitté sa mère, elle a dépensé tout l'argent de ses études en fêtes et en alcool. Elle ne lui parle plus depuis qu'il a refusé de financer son drakkar de course.
Conclusion Viking — Elle s'est fait laver le cerveau par sa mère.
Apparemment, rien à voir avec compenser son manque affectif par une consommation abusive d'alcool. Ni noyer sa rébellion par des achats compulsifs de drakkars de course. Lui est parti en France faire du camping. Elle, en Australie, faire du bateau. Le copié-collé de son père, il ne peut pas la renier.
Son fils de 18 ans, le Grand Ermite Translucide de l'Écran. Après lui avoir coupé l'alimentation de son PC pour le forcer à passer à table, il s'est battu avec lui à mains nues. Trop vexé qu'il préfère ses jeux à un repas avec lui. Depuis, silence radio, aucune allusion, le néant. Sa mère le surcouve, son père l'ignore, on se croirait dans un documentaire animalier.
Logique viking : il y a toujours un coupable, mais ce n'est jamais lui. Lui, c'est le dernier homme juste dans ce monde d'incapables. Il a combattu les monstres marins pendant la guerre des Terres Brûlées. Ses hommes sont morts, avalés par des octopus nucléaires, dans le désert de feu. Un vrai cauchemar ! Son cœur de dragon roussi est un des derniers survivants… alors il boit pour oublier… les cris larmoyants des mouettes dépressives. Une tragédie ! Un héros viking… de l'apéro.
Je compatis. Je n'aurais jamais survécu à sa place. J'admire son courage, mais j'ai de la peine pour lui. OK, j'avoue que son visage d'ange, son charme irrésistible et son charisme hors norme contrebalancent largement ses petits soucis de famille. Je lui souhaite de régler tout ça pour leur bien-être à tous. Mais tant que ces petites alertes rouges n'impactent pas trop son humeur, j'aimerais profiter de mon voyage car j'ai la chance de vivre mon rêve et c'est merveilleux !
Se toucher est la seule langue qu'on parle sans traducteur. On dirait deux aimants qui se frôlent. Vingt fois par jour, il me sourit, m'accueille bien au chaud dans ses deux mètres de bras ouverts. Et je m'y jette comme si c'était la première fois. Il ne refuse jamais, pour mon plus grand bonheur.
Lui — J'adore qu'elle me caresse la nuque. C'est son vice. Mettre sa main dans mes boucles.
Moi — Le baise-main du demi-dieu me fait fondre, même avec deux siècles de retard. Sa parade nuptiale me fait un effet bœuf.
Enfin, bref, il faudrait un livre entier pour décrire le charme de cette aventure. On découvre des endroits magnifiques, les autochtones me sourient et me regardent dans les yeux. Je revois les bateaux pirates. Les ventilateurs immenses en plein champ. Les routes en pleine mer. Les murs mobiles. Et les accents hilarants. Chaque jour, il alterne entre voitures de collection, voiliers vintage et instruments de musique rétro. On profite de chacun d'eux.
Lui — Je lui fais découvrir nos trésors. On se balade de ville médiévale fleurie en plage longue comme le pays, faite de dunes douces comme la farine. Je l'emmène dans un chalet caché sous la forêt, rempli de géants du coin. On a failli assister à un festival de musique live.
Moi — On rentre soudés. Des souvenirs plein la tête, des photos plein le tél, de l'amour plein le cœur. On s'est enfin trouvés, c'est comme si on se connaissait depuis toujours, on nage dans le bonheur !
De retour, bain de minuit sous la lune. On flotte en harmonie. La nature, la mer, la nuit, il m'embrasse. L'amour à l'unisson vaut tout l'or du monde. Il répond du tac au tac : “L'or c'est toi, mon monde.”
Le lendemain, je lui demande son avis sur mon site, 6 mois de travail. Il s'implique plus que je ne lui demande, en 3 jours c'est fini. Impressionnée, je lui fais confiance et me surprends à suivre ses recommandations. Peut-être a-t-il raison ?
Dimanche c'est Show !
Le journaliste — Quel héritage familial ! Un cocktail explosif !
Le Viking — Je ne suis pas venu ici pour pleurer.
Le journaliste — Une collection de surnoms glorieux !
L'auteure — Oui, d'ailleurs, j'invite le lecteur à inventer les siens pour les membres de son entourage* !
Le journaliste — Ton père n'a jamais parlé d'amour ?
Le Viking — Si. Pour lui, parler d'amour, c'est parler de lui : Bjornulf le sans-défaut. À part lui, comme il dit : “tu te démerdes, c'est pas mon problème”. Il ne pardonne rien. Soit tu es fort, soit tu es renié. La faiblesse, c'est tabou. Montrer ses émotions, c'est perdre son pouvoir. Il ne fait pas de quartier : si tu as du cœur, t'es le maillon faible à éliminer. Il t'humilie, il te rejette. Point final.
Le journaliste — Qu'as-tu appris de cette épreuve de Koh-Lanta* ?
Le Viking — Je ne demande jamais d'aide, ne me montre jamais faible. C'est la stratégie psychologique du gagnant, l'héritage de mon père.
L'auteure — Tu fais pareil avec ceux qui t'aiment. Tu leur donnes un parapluie quand il fait beau et tu le leur reprends quand il pleut.
Le Viking — C'est de l'entraînement. Si tu comptes sur moi, tu deviens faible. C'est comme ça qu'on forge un vrai Viking : autonome, endurant, indestructible.
L'auteure — Et si on ne compte pas sur toi, tu le prends comme une trahison. On tourne en rond ! Alors tu montes un mur, tu démontes un pneu, ou tu monologues pendant trois heures en vidant une bouteille. Un bon entraînement pour ton foie !
Le journaliste — C'est une tragédie comique…
Le Viking — Rigolez. Mais c'est ce qui m'a sauvé la vie quand j'étais berserker, pendant la guerre des Terres Brûlées. J'ai vu des hommes broyés avec leurs drakkars par les monstres marins. Avec votre sensiblerie, vous seriez devenus fous. Vous n'avez pas vécu l'horreur, alors ne jugez pas !
L'auteure — Tu as raison. Tu as survécu à tout ça avec beaucoup de courage. Heureusement, la guerre est finie maintenant.
Le Viking — Tu nies la réalité ! La guerre n'est jamais finie ! Regarde les infos, on en parle tous les jours ! Tout va mal, ça va finir par exploser ! Je l'ai vécu, je ne le souhaite à personne.
L'auteure — Tu es resté bloqué dans ta guerre des Terres Brûlées ! Tu tournes en boucle sur tes monstres marins. Alerte, danger, boum !
Le Viking — Je préfère savoir ce qui se passe. Pour réagir vite.
L'auteure — Mais tu regardes la guerre comme un match de foot ! Deux camps, un décor, un suspense. Coup d'envoi à 20 h. Anxiété obligatoire.
Le Viking — On n'est pas chez les Bisounours !
L'auteure — Entre ton match de fin du monde et mon hamac, j'ai choisi l'humour. Une arme non violente contre la pensée unique. Ma paix, c'est sacré.
Le Viking — Bien sûr. Toi, tu es toute en nuances et tu te moques des infos.
L'auteure — Je veux juste que tu éteignes TeleKata et que tu viennes t'allonger avec moi dans mon hamac. J'ai un programme plus doux.
Le journaliste — Tu disais que vous vous êtes reconnus ?
L'auteure — En effet, dès le premier soir. On était symétriques, chacun derrière son mur. Moi : “ça va aller”. Lui : “je n'ai besoin de personne”.
Le Viking — On s'est reconnus à travers le béton.
Le journaliste — Et qu'est-ce qui t'a attiré chez elle ?
Le Viking — Son humour, sa douceur, sa force, même si elle ne la voit pas. Elle était différente, elle m'a fait croire que je pouvais être un homme normal.
L'auteure — Nos fêlures, nos besoins étaient fort semblables, à une différence près. Il a besoin d'émotion pour se sentir vivant. Le calme, ça le tue. Et moi, de calme pour tenir sur la durée. À force de tirer sur l'élastique, qui va se le prendre dans le nez ?
Le Viking — Waou ! Tu viens de plomber l'ambiance avec ta bande-annonce. Travaille ta chute ou personne ne lira ton roman. Et arrête de me coller des étiquettes !
Thèmes du chapitre
Quand il parle de sa famille · famille dysfonctionnelle · un homme qui ne se remet jamais en question · le toucher, un langage amoureux